A propos du « Roi Lear » de William Shakespeare (jusqu’au 24 février – prix unique : 26 euros )

affiche Roi LearAux Ateliers Berthier ( Odéon – Théatre de l’Europe ), vous avez beau réserver des places longtemps à l’avance, on vous attribue la deuxième partie de la salle parce que toute la première partie est occupée par les abonnés, et les comités d’entreprise.
Cela signifie qu’à partir de la rangée L (on était 9 personnes dispersées entre la rangée L, M et P ) on entend plutôt mal et des passages entiers vous échappent.

Il y a Michel Piccoli, bien sûr, pour qui tout le monde se déplace . Mais quand il crie, et c’est fréquent, quand il hurle, on ne comprend plus rien. On ne peut qu’admirer sa belle vitalité et son organe vocal impressionant…. Quand les pétards explosent on croit à un attentat, on se bouche les oreilles tellement c’est violent – et la scène de copulation, très tendance, est-ce bien utile ? et tutti quanti… Bref, on était tous assez mécontents…

roi-learBon, elle est de qui,cette pièce, déjà ? W. Shakespeare ? ou plutôt André Engel qui en fait la « mise en scène » ? Je dirais le « relookage » . Certes, c’est très intéressant d’actualiser : le Bourgeois Gentilhomme en costume trois pièces, c’est sympa, ou le roi Lear en chef d’entreprise, pourquoi pas, mais de là à coder une pièce classique en la découpant et en y incluant des références à Beckett ou à Buchner, c’est pousser un peu loin le bouchon.

roi-learImaginons Rodrigue, le Cid, faisant son récit de la bataille contre les maures :
" Nous partîmes 500 et par un prompt renfort
Nous nous vîmes 50 000 en arrivant à Bagdad "
Ou quelque chose de ce tempo – On peut faire n’importe quoi,( à condition de le signaler ) mais quid de l’auteur et de son écriture ?
Dans la plaquette offerte à l’entrée du spectacle on peut lire que « l’art du montage et de la coupe tel qu’il est ici pratiqué relève d’un cinéma chirurgical » ( Daniel Loayza )

Il n’y a donc plus qu’à la Comédie Française qu’il est possible d’assister à un spectacle tel que l’a composé son auteur ?
Je ne sais d’où vient cette propension qu’ont certains metteurs en scène à tenter de nous dire que Corneille, Racine ou Shakespeare c’est pas mal,, mais je vais vous arranger cela !
Il est certainement plein d’idées originales et passionnantes André Engel – alors, au lieu de torturer le travail d’autrui qu’attend-il pour signer lui-même son œuvre ?

roi-learIl me semble qu’il eut été plus correct d’intituler ce spectacle, « Citizen Lear » ainsi que A. Engel y avait songé puis y a malheureusement renoncé pour « déjouer les attentes trop sérieuses de certains spectateurs ». J’aimerais qu’on m’explique cette phrase ! quand on vous vend un produit différent de son annonce, cela s’appelle, me semble-t-il, une publicité mensongère. Le théâtre devient-il comme les yaourts ? Il faut décortiquer l’étiquette avant de consommer ? Qui ne respecte-t-on pas : l’auteur, ( considéré comme inadapté à notre époque ) le spectateur ( jugé trop sérieux) ?
Pardonne-leur, William, ils ne savent plus ce qu’ils font.

Signé : Narcissia