J’ai eu un parcours chaotique comme tous les parcours intéressants, mais il va se révéler avec le temps très cohérent. J’ai toujours fait ce qui m’attirait, me donnait envie sans avoir à l’époque un plan de carrière. J’ai fait du théâtre, du chant, je suis pianiste, et j’ai aussi fait des études supérieures. Alors il y a eu un dilemme permanent entre la musique et les études universitaires qui vont être tellement passionnantes que je vais être partagé entre l’exercice intellectuel et le plaisir du chant.
Tout cela donne un parcours chaotique qui va se rassembler à partir du moment où je vais découvrir que je suis fait pour être coach vocal. Je voulais être chanteur ou philosophe. Et puis peu à peu les choses sont apparues lentement. Actuellement le fait d’avoir fait de la médecine et de la philosophie est très important en tant que coach. Les rencontres aussi ont été importantes. Beaucoup ont été inattendues, on me disait que j’avais la Baraka mais la chance ça se construit, il faut savoir la saisir.

Vous avez toujours voulu faire de la musique ?

Je viens d’une famille de musiciens. Ils vivaient la musique comme amateurs au sens noble du terme mais n’ont jamais pu devenir professionnels. A l’époque avoir une fille musicienne signifiait qu’elle était pute et un fils musicien, qu’il était fada. Ils n’ont pas eu le droit et le courage de partir et claquer la porte. Ils ont donc fait de la musique pour leur plaisir. Quand ils ont découvert que je voulais en faire, ils ont été flippés. Malgré ça ils m’ont transmis le virus ! Mais je me voyais aussi bien médecin que psychologue ou prof de philo. Les parcours ne sont jamais droits, on ne sait jamais à l’avance ce qui va se passer, c’est ce qui fait le sel de la vie.

Vous avez enseigné à la Star Academy, quelles ont été vos motivations ?

La Star Ac est une connerie totale. Je peux le dire maintenant. J’ai commencé avec Pop Star. Historiquement je suis le premier “prof télé”. J’ai commencé ça pour une raison naïve. Je voulais faire découvrir le métier de coach vocal à la télévision. Je voulais montrer que chanter est un métier qui s’apprend. A l’époque on ne savait pas ce qu’était la télé réalité. A travers la notoriété que j’ai eu, j’ai pu faire comprendre que c’était un métier mais a long terme je me suis rendu compte que c’était un miroir aux alouettes. On est très dépendant et tributaire du montage.
Pour exemple, à la Star ac il y avait un artiste qui avait de gros problèmes de rythme. Alors un jour je décide de l’aider. Et la production fait tout un buzz dès le lundi autour de ce cours en disant “vendredi Richard Cross va coacher l’artiste etc” Tout se passe très bien. La séance est tellement intense que les cameramen lâchent leurs cameras et m’applaudissent. Le lendemain l’émission passe, on remontre le buzz de la semaine et lorsqu’ arrive l’heure du cours on nous voit aller vers la salle de travail, entrer puis on nous voit en ressortir. On n’a jamais vu le cours ! C’est un peu l’Arlésienne. On montre tout ce qu’il y a autour mais pas l’Arlésienne. C’est ça la télé !


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L’émission a-t-elle eu un impact sur votre notoriété ?

Je fais la Star ac, et lorsque je décide de partir, des artistes que je n’avais jamais rencontrés sont venus me voir. Notamment Maurane qui m’a vu travailler à la Star ac et qui a été touchée par ma façon d'enseigner. Elle m’appelle en me disant qu’elle aimerait qu’on se voit pour faire un essai. Depuis un an on travaille ensemble. Il en a été de même pour Calogero, Hélène Segara...Comme quoi une chose qui aurait pu à la base ne pas être intéressante m’a apporté d’autres choses de façon inattendue. Sur le moment j’en ai parfois eu marre, mais c’était sympathique, l’ambiance a toujours été bonne. On avait un respect mutuel entre collègues, on a beaucoup ri.

Selon vous, quelles sont les qualités essentielles que doit avoir un chanteur ?

Avant tout il faut se trouver. Il faut qu’un artiste assume son intuition de base, qu’il se dise “j’ai envie de chanter ça, point.” Arriver à assumer ce pourquoi il est fait. Mais trouver sa voie prend du temps. Un artiste ne se trouve pas tout de suite, il faut du temps pour faire ses expériences. C‘est pour cette raison que la Star ac était ambigüe, car on demandait à ces jeunes de se trouver tout de suite, mais on ne peut pas toujours faire l’économie du temps.

Quelle est votre actualité ?

Je travaille essentiellement avec Maurane et Calogero. Je m’occupe aussi de la formation des profs. Je veux développer un diplôme de coach vocal. Car il n’y a pas encore de diplôme prévu pour ça. J’essaye de monter une école. C’est un gros travail car il faut persuader l’administration. Puis je reprends ma carrière de chanteur. C’est important de rester vivant par rapport à ça. J’ai repris contact avec une amie du conservatoire et on monte un duo d’opéra un peu décalé. Il s’appelle Louf'opéra et ça se mettra en place à la rentrée.

Quelle musique écoutez-vous en ce moment ?

Un peu de tout. Les chanteurs modernes, classiques et parfois je découvre encore des traditions extra occidentales, les musiques du monde. C’est très variable et éclectique.