Après les trois semaines de tournage aux États-Unis, j’ai pris le melon. J’avais un chauffeur, une suite énorme, j’étais coiffée par le coiffeur de Madonna. C’était dingue. Ca n’a pas duré longtemps. Je manquais de confiance en moi, je me suis vite sentie mal à l’aise. On me proposait des casting de mannequin, ce n’est pas ce que je voulais faire. J’ai dit à l’agence que je n’étais pas heureuse. Ils m’ont proposé d’aller dans une de leurs filiales pour comédiens. J’ai décroché un rôle dans une série. C’était très formateur car il fallait tourner vite.


Le 17 février sort ton prochain film Splice réalisé par Vincenzo Natali (real de “the cube”) dans lequel on retrouvera Adrien Brody (oscarisé pour “le pianiste”). Comment as-tu été séléctionnée pour ce film?

Je passais le casting pour “Vilaine”( de Jean-Patrick Benes ndlr), c’est alors qu’on me parle du casting de Splice et me disant que mon profil correspond bien. Le lendemain au casting je ne reconnais pas Vincenzo. Il me dit « c’est la première fois qu’on fait passer un casting pour ce rôle, on ne sait pas quoi te faire faire ». Alors il me présente mon personnage « c’est un mélange d’ADN humain et animal, il faudrait que tu fasses un oiseau ». Je ne me voyais pas faire ça ! J’ai fait une chorégraphie de karaté que j’ai améliorée en la rendant plus élégante. Ils ont été bluffés. Après un casting international, ils m’ont donné le rôle.

spliceDans le film, tu incarnes une mutante, comment as-tu préparé ce rôle ?

Tout d’abord il a fallu que je me rase la tête. Puis Vincenzo m’a laissé créer mon personnage. J’avais une salle de danse dans laquelle j’ai pu créer l'évolution du personnage. Mais étant donné que dès le casting j’ai fait quelque chose qui correspondait à ce qu’il recherchait, j’étais déjà sur la bonne voie par intuition.


Tu tournais pour la première fois une production internationale, au Canada, avec de grands acteurs tels qu’Adrien Brody. Avais-tu des appréhensions ?

Pas vraiment. Ce qui me faisait le plus peur était la barrière de la langue. Je suis très timide en anglais. Heureusement, je ne le suis pas dans la vie, j’ai fini par prendre sur moi, quitte à dire des conneries, c’est pas grave ! La plus grande difficulté a été le côté physique. Les semaines d’entrainement physique avant le film ont été très hard, j’étais exténuée.


Comment gères-tu ton métier, et les nombreux déplacements, avec ta vie privée ?

Je suis partie en tournage à l’étranger pendant quasiment un an et demi. Aujourd’hui, je ne ferai plus trois films à la suite. J’étais toujours ailleurs et nulle part chez moi. C’était dur. J’ai envie d’une famille, d’enfants et d’être heureuse. Le cinéma n’est plus une priorité. J’étais carriériste. Aujourd’hui je me rends compte que ce n’est pas ça le bonheur. Mais plutôt se réveiller le matin avec quelqu’un, faire des projets. J’ai envie de bosser mais différemment.


Comment s’est passé ton retour en France ?

Je suis revenue toute fière. Et finalement le fait d’être chauve m’a desservie. Plus personne ne voulait me faire tourner. Heureusement j’ai décroché un film en Suisse, « Verso » (sortie prévue en mars ndlr) mais c’est tout. J’ai commis une erreur, je n’aurais jamais dû me montrer chauve. Mais j’étais fière de ça, je n’avais pas de raison de me planquer. Ca a été une période difficile. Je ne m’attendais pas à ça. Alors j’ai écrit mon livre. « Ce qu’il reste de moi » (sortie le 3 février ndlr)


Justement, ce livre qui raconte l’histoire d’une jeune femme vierge qui arrive sur Paris pour devenir prostituée est à la fois cru et sentimental puisqu’elle tombe amoureuse. Comment t’est venu ce sujet ?

J’ai toujours été passionnée de loin par la prostitution et le rapport au corps. C’est une fiction mais il y a des parties de moi, dont le rapport au corps dans la sexualité ou les gestes anodins. Je suis très ouverte mais très peu tactile. J’ai du mal à toucher les gens. Je me demande quel est le rapport au corps lorsque par exemple on s’envoie en l’air une fois comme ça. Peut être qu’il y a plus derrière ça. On rêve tous d’un idéal. Je voulais montrer ce contraste. L’héroïne se demande pourquoi l’homme qu’elle aime est si gentil avec elle. Dans la vie on se pose trop de questions, on devient méfiant dans notre société. Du coup, on laisse libre cours au corps et non à la tête. C’est étrange car ce devrait être l’inverse. Cette question me travaillait depuis longtemps.


Tu n’as pas peur des réactions ?

Non parce que je m’en fous. Je me dis que de toute façon, qu’il soit bien ou mal on me fera chier. Les gens qui me connaissent savent que je me fous des qu’en dira-t-on. Que ce soit un roman trash ou à l’eau de rose, il y aura des critiques.


Tout comme ton héroïne, tu es prête à tout pour réussir ?

Non sinon ça se saurait ! J’ai beaucoup d’amis producteurs, mais beaucoup avec qui je n’ai jamais tourné. Je ne suis pas capable de demander quelque chose. Je veux qu’on me prenne pour ce que je suis et ce que je vaux. Pas par piston. Ce n’est pas dans ma nature. Je suis peut-être passée à côté de quelque chose. C’est que ce n’était pas le moment...


Tu es à la fois actrice, chanteuse et écrivain, tu n’as pas peur de te disperser ?

Non parce que j’ai besoin de tout ça. Je prends le temps. Avant j’étais plus brouillon, je voulais tout faire en même temps. Ce n’était plus possible car je faisais mal les choses. Maintenant c’est plus ordonné et plus clair.


A propos de musique, où en es-tu ?

Je travaille tranquillement avec un compositeur de Montpellier. J’ai changé de ligne de mire. Ce que je faisais avant est fatigué, j’ai beaucoup joué. Je veux faire du pop, rock, folk. Les textes non plus ne me correspondaient plus. Je recommence donc à écrire.


On te verra le 14 janvier dans le téléfilm « l’Amour vache » sur M6, tes apparitions dans les téléfilms sont de plus en plus rares. Pourquoi celui-ci ?

Parce que le scénario est de qualité. Rose Brandford Griffith (directrice des fictions chez M6 ndlr) m’a appelée. Elle m’a dit j’ai une comédie en préparation, il n’y a que cinq lignes pour le moment, mais c’est toi ! J’aime beaucoup Rose. C’est un joli cadeau car elle savait que je voulais jouer dans une comédie. Et on ne m’en propose jamais. Les films dans lesquels je joue sont souvent sombres. Je voulais mettre de la couleur et montrer un panel des genres que je peux faire.


Es-tu stressée avant un casting ?

Non, sauf durant la période où j’étais rasée. Car je savais d’avance que je serai mal considérée.

delphine chaneac4 S’il te restait une heure à vivre, tu ferais quoi ?

Une grosse teuf avec tous les gens que j’aime.


Que sais-tu faire que peu de gens savent faire ?

Le sol en béton que j’ai fait moi même dans mon appartement!


Quel bruit détestes-tu ?

Les couinements de mon chien qui peuvent me rendre hystérique.


Ta couleur préférée ?

Le noir, même si ce n’est pas une couleur...


Une musique que tu écoutes en ce moment ?

J’écoute beaucoup Moriarty et Jil is lucky la nouvelle musique de la pub Kenzo.


Ton plat préféré ?

Le chou fleur à la crème, je suis fan ! Dès que je vais chez ma mère je sais qu’il y en aura!


Un auteur ?

Amélie Nothomb ou Nicolas Rey, j’ai hâte de découvrir ce qu’il va publier prochainement. Récemment j’ai lu Crésus que j’ai trouvé génial. (de Paul-Jean Franceschini ndlr)


Sur une île déserte, quel seul et unique objet emporterais-tu ?

Une pince à épiler, j’ai horreur des poils !


Et une seule personne ?

Pierre Bellemarre pour qu’il me raconte des histoires !


Comment occupes-tu ton temps libre ?

J’écris. Je suis tout le temps en mouvement, je suis hyper active. Quand je suis énervée, je fais le ménage à fond, ça m’éclaircie les idées.


Quel est l’homme idéal selon toi ?

Je ne crois plus au Père Noël. Chez ma grand-mère, il y avait un écriteau sur lequel était écrit « personne n’est parfait mais tu t’en rapproches beaucoup » Je crois que c’est ça l’idéal, il faut arrêter de penser à la perfection.


Un endroit dans Paris où tu aimes aller ?

J’aime beaucoup le Bloc dans le 17ème. Il fait bar-restaurant, il y a souvent des évènements. On peut faire des grosses bouffes pour pas cher, les mecs sont sympas, on peut travailler en haut ou se mettre en bas dans les salons. C’est pour tous budgets. Je n’aime pas aller dans des endroits où les prix sont exorbitants et mettre certaines personnes mal à l’aise.

(Le Bloc : 21 rue Brochant. 75017 Paris)


As-tu des anecdotes à raconter concernant ton métier ?

Je me baladais dans la rue et j’étais très mal habillée. Des filles me regardent en disant « on dirait la comédienne » l’une d’entre elles répond « mais non elle serait mieux sapée que ça ! ». Je leur ai parlé, on a beaucoup rigolé. Une autre anecdote moins drôle a eu lieu lorsque je tournais dans un téléfilm où je faisais croire qu’on m’avait violée. Je me rends à la banque et la dame au guichet me dit « vous êtes une belle salope » l’amalgame entre l’actrice et la personne est hallucinant. Tout comme le fanatisme, j’ai du mal avec ça.

A voir aussi :
le book de Delphine Chaneac sur 01casting.com
Le site officiel de Delphine Chaneac

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