Je suis intermittente du spectacle, c’est mon choix.
Toi, le bureaucrate, le démago, le bien-pensant, tu me tires dans les pattes sans aucun scrupule. Alors je te dis ceci : vis ma vie, juste quelques heures, comme ça, pour voir, pour le sentir, le « fabuleux destin » de ta voisine intermittente.
Tu t’insurges déjà et, sans aucun doute, tu t’agenouilles devant le grand capital en grondant sourdement « Combien ça coûte, un intermittent du spectacle, à un employé modèle comme moi ! ».
Je te parle passion, mots, poésie, humanité ; tu réponds « Ça se discute ! Qui c’est qui la paye, vot’ passion ! Ca mériterait p’têtre un complément d’enquête ! »
Vie privée, vie publique, vie intermittente, demi-vie, mauvaise vie…vous avez oublié ceci : vraie vie.
Y’a que la vérité qui compte, m’sieur le baron, mais faut pas rêver, c’est vrai, on ne peut pas plaire à tout le monde. Pourtant, juste un détail : quand vous vous vautrez dans votre canapé en cuir devant votre émission préférée, vous êtes vous déjà demandé qui lui a donné vie, à ce Bigdil qui vous fait tant vous bidonner ? Qui monte et démonte les décors, écrit les textes, tient la caméra ? Qui donne une voix au personnage bleu ventripotent ?
Des intermittents du spectacle…pour vous servir, mon bon prince, pour vous servir !

intermittent