Un explosif très puissant, à base de Semtex, comme en utilisent les terroristes les plus radicaux.

Détonateur réglé sur l'ouverture du frigo.

- Je n'ai jamais arrêté de terroristes, commissaire, juste des « petits clients ».

- Reste que vous êtes en danger, Abdoulaye, on devrait vous déclarer mort.

- Pas question ! je ne veux pas me cacher.

Un Sénégalais, ça ne joue pas au mort. Ce n'est pas une superstition, mais on ne titille pas la mort.

- Dans ce cas, il va falloir vous protéger…

Il s'interrompt quelques instants et reprend.

- Vous savez où aller ?

- Je vais me débrouiller.

Un Sénégalais, ça sait toujours où aller.

- Je veux me mettre à l'écart quelque temps. Mais dites bien partout que je suis vivant. Je veux qu'ils sachent qu'ils m'ont raté.

- Réaction puérile ! Ils vont chercher à recommencer, Abdoulaye !

- Et c'est là qu'ils vont peut-être commettre une erreur.

Mais Mbaye n'y croit pas trop.

C'est plutôt lui qui commet des erreurs.

Il se met hors la loi avec Superscan…

Marina tuée…

Sans compter tout le reste !

Mais ce reste… il préfère ne pas y penser.

Il va falloir récupérer des affaires… ranger, nettoyer.

Et puis se tenir tranquille quelque temps.

Et puis, inverser le mouvement. Ne plus subir.

Agir !

- Je vous avais dit que je m'en occuperais Directeur. Et puis cette affaire n'est pas si grave. Vous croyez qu'elle mérite tous ces… nettoyages ?

Le Directeur regarde le Colonel.

Le Colonel debout, devant son bureau.

Il ne le regarde pas dans les yeux, juste au-dessus.

Il regarde le front, comme il le fait souvent quand il veut mettre son interlocuteur mal à l'aise.

Ou masquer ses pensées.

- Que savez-vous de cette affaire ?

Le directeur avait parlé lentement.

Chaque mot bien détaché.

Sa phrase n'était pas une interrogation.

Elle voulait dire tant d'autres choses.

Elle voulait dire : Vous ne savez rien !

Elle voulait dire : Vous n'avez PAS à savoir… Vous devez juste exécuter les ordres !

Elle voulait dire : En rester aux missions qu'on vous confie !

Un silence s'installe entre les deux hommes.

Le propos du Directeur ne surprend pas le Colonel Lugol.

Cette affaire n'aurait jamais dû prendre ces proportions.

Cette affaire n'est donc pas ce qu'elle semble être.

Et dans les gènes du Colonel, il y a un mot : SAVOIR.

Même si les ordres sont contraires.

Évidemment il a commis des erreurs.

Aller chez Cindy le visage découvert.

Ne pas lui tirer une balle dans la tête pour éviter d'avoir un doute sur son silence avant de mourir.

Et maintenant Mbaye … Mbaye avec qui il avait parlé à visage découvert.

Mbaye raté.

Mais pas par lui !

- Pardonnez-moi Directeur ; mais une bombe, vous ne croyez pas que cela fait un peu… amateur ?

Il reprend. En regardant droit devant lui.

- Vous auriez dû me laisser faire, Mbaye va de toute façon penser que c'est moi…

Il s'interrompt, une idée s'insinue dans son esprit. Une idée « tordue » qu'il tente de rejeter. Une idée de schizophrène. Une de ces idées qui viennent tout pourrir.

Qui rendent paranoïaque… une idée qui donne des maux de tête et remettent tout en question…

Le Colonel Lugol se bat contre cette idée qui pourtant gagne du terrain.

Impossible !

Mais désormais, il a une certitude : Il y a des aspects qu'il ignore… il y a des aspects qu'on lui cache.

Le Colonel scrute le Directeur.

Il sait ce que le Directeur pense.

Il sait que le Directeur ne peut PAS penser autrement.

Même si, parmi les interrogations du Colonel, il y en a une qui remet tout en question : Quel est le rôle exact du Directeur dans tout ça ?

Le téléphone sans clavier se met à tousser.

Le Directeur décroche avec empressement. Il porte le combiné à son oreille et écoute, sans rien dire.

Pendant qu'il écoute, il se met à fixer le Colonel. Droit dans les yeux.

Au bout d'un moment.

- Oui Monsieur.

Et il raccroche.

Il retire ses lunettes, se masse l'arête du nez avec lassitude.

Il lève les yeux vers le Colonel.

- Mettez vous en stand by, reprenez vos activités habituelles.

- À vos ordres.

Le Colonel salue et tourne les talons.

Il sait ce que cela veut dire.

Il sait ce qu'il DOIT faire.

Et il doit le faire très vite.




-

La porte s'ouvre.

Toujours cette absence de bruit.

Désagréable.

C'est la lumière qui passe enfin, qui informe Cédric.

L'homme s'approche.

Cagoule.

Mains dans le dos.

Menottes.

Cédric, résigné, subit.

On le fait sortir avec ménagement.

Il monte quelques marches.

Traverse une pièce.

Descend un escalier.

Une voix se fait entendre.

- C'est bon les gars, je m'occupe de tout.

Cédric prend peur. Il sait ce que cela veut dire.

La cour.

On le pousse dans une voiture.

On le fait s'allonger sur la banquette arrière.

- Tu ne bouges pas, compris !

C'est ça… pas bouger !

On le traite comme un animal.

D'ailleurs il vit comme un animal.

Manger… dormir… se laver parfois.

Il a perdu toute notion du temps.

Il sait que des jours se sont écoulés depuis cette « visite » dans ce bureau de ministre avec ce type qui se massait l'arête du nez.

Des jours pendants lesquels on ne lui a pas adressé la parole.

On l'a juste nourri. Autorisé à se laver de temps en temps… se raser aussi.

Des jours pendant lesquels il a pensé à Cindy.

Sans rien comprendre.

Cindy… Ils se voyaient juste pour le sexe.

Elle ne se confiait pas.

Elle avait une « autre vie », c'est certain. Elle en avait parlé elle-même, en lui disant de ne pas poser de question… « Qu'il accepte et n'en reparle jamais… »

Et il avait accepté.

Et il n'avait pas posé de question.

Mais aujourd'hui, des questions, il en avait trop.

Même si, depuis quelque temps, la seule vraie préoccupation de Cédric, c'était : survivre !

Ou plutôt… dans combien de temps ON viendra me chercher pour me faire disparaître définitivement ?

Et là, il est allongé sur la banquette arrière d'une grosse voiture.

Bien confortable.

Bien silencieuse.

Avec une cagoule sur la tête.

Impossible de savoir qui est au volant.

Même s'il a reconnu la voix.

Une voix qu'il a entendue le jour où on l'a emmené dans ce bureau de ministre.

Alors il pense à sa vie.

Il ne regrette pas son aventure avec Cindy.

Mais quand même !

Quand il lisait des histoires comme ça, avec des meurtres et des machinations, ça le faisait sourire.

Intrigue peu crédible, personnages improbables.

Et il s'était retrouvé devant un bonhomme à l'allure de gentil fonctionnaire, avec juste quelque chose de glacial dans le regard.

Un fonctionnaire qui avait certainement donné l'ordre de l'exécuter.

Probablement comme cela avait été le cas pour Cindy.

Des larmes mouillent sa cagoule.




-

La grosse voiture confortable s'arrête.

Un lourd portail de fer forgé s'ouvre sans un bruit.

Les deux battants en même temps.

Le véhicule s'engouffre et roule sur une longue et sinueuse allée de gravier.

Il stoppe.

Le moteur se coupe.

Le conducteur descend.

Cédric entend qu'on ouvre et referme le coffre arrière.

Il entend un homme marcher sur le gravier.

L'homme s'éloigne.

Cédric attend un long moment. Il pense à ce qu'il a fait de sa vie.

Son enfance tranquille, études de marketing.

Des copines, du sport pour la forme… des sorties…

L'avenir, il n'y a jamais vraiment réfléchi… en attendant celle qui allait lui donner envie de construire.

Il lui faudrait une femme forte, qui prendrait « les choses en main ».

Une femme avec des épaules.

Mais aujourd'hui… tout va s'arrêter. Et il n'a rien accompli. Rien qui puisse permettre de dire « Cédric Dutertre, sa vie, c'était… ça ! ».

Il entend à nouveau des pas sur le gravier.

La portière s'ouvre.

On le fait se redresser.

On le sort du véhicule.

On le pousse quelques pas.

Une poigne puissante le fait stopper.

On lui enlève ses menottes.

Sa cagoule.

Cédric voit mal l'homme qui est devant lui.

- Qu'est-ce… qu'est-ce que vous faites ?

- Je te sauve la vie, répond le Colonel Lugol.