Mais là… il a besoin d'évacuer…

Et comme il sent que tout fonctionne, sa vigueur lui revient… le mâle triomphant.

Il se trouve un peu macho, mais les femmes, c'est fait aussi pour le plaisir non ?

Elle va arriver avant lui, préparer le dîner…

Elle va utiliser sa salle de bain pour prendre un bon bain, se passer du lait sur le corps… mettre le parfum qu'il aime et qu'il lui avait offert, Cinéma de Yves Saint Laurent.

Et puis elle va l'attendre… en se faisant des choses pour être au comble du désir et de l'excitation quand il va passer la porte.

Il sourit… il chasse Marina de ses pensées… sinon il va être indécent.

Déjà, l'ambulance arrive au centre de crémation.

Cédric ne comprend pas ce qu'on lui veut…

On l'a gardé plusieurs jours dans une chambre noire… en lui posant toujours les mêmes questions.

Personne ne semble l'accuser du meurtre de Cindy.

Alors on lui veut quoi ?

On le nourrit bien, le conduit aux toilettes deux fois par jour, lui permet de se laver, se raser…

Mais il est tenu au secret… comme s'il était en otage, pas du tout en état d'arrestation.

Aucun contact avec l'extérieur, murs insonorisés, portes blindées et rembourrées…

Pas de radio, pas de télé, pas de lumière… rien !

Du noir.

On ne répond à aucune de ses questions.

On lui demande simplement de raconter et raconter encore…

où il a connu Cindy…

quand il a connu Cindy…

comment il a connu Cindy…

quelle est la nature de ses rapports avec Cindy…

est-ce que Cindy lui a dit quelque chose avant de mourir…

- Elle était déjà morte quand je me suis réveillé !

Il a l'impression d'avoir répété ça Dix Mille fois.

- Elle est morte dans l'ambulance, répond calmement le Directeur.

Il y a juste une heure, ils étaient entrés dans sa chambre, la lumière c'était allumée.

Ils lui avaient tendu ses vêtements.

Descendu dans une cour.

Mis une cagoule sur le visage.

Poussé dans une voiture.

Et là, il est dans ce bureau de ministre…

Face à ce petit homme à demi chauve, qui passe son temps à se masser l'arête du nez avec lassitude.

Seul dans la pièce.

Il pourrait lui sauter dessus mais la porte blindée, molletonnée à double battant…

Les fenêtres doublées d'une épaisse grille.

- Vous avez quel âge, Monsieur Dutertre ?

Le directeur avait questionné dans un soupir, comme s'il était triste de poser cette question.

- 28 !

Le Directeur ne répond pas.

Il remet ses lunettes.

Détourne son regard du jeune homme.

Comme s'il voulait l'ignorer.

Comme s'il voulait ne pas le connaître.

Ne l'avoir jamais connu.

Comme s'il n'existait pas.

Il appuie sur une pédale dissimulée sous son bureau.

Pendant que les deux hommes entrent dans la pièce avec une cagoule à la main, le Directeur fait pivoter son fauteuil, tournant le dos à Cédric.

Il contemple, accablé, son broyeur incinérateur.

Son broyeur incinérateur…

Depuis quelque temps devenu symbole de sa fonction, de sa vie…

Détruire, tout détruire… réduire en cendres…

La suite mercredi 20 août...